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Enrobé par temps froid : les règles pour travailler le bitume en hiver

Enrobé bitumineux mouillé de nuit, chaussée exposée au froid et à l'humidité
Enrobé par temps froid : chaussée bitumineuse mouillée en hiver, risque de refroidissement et de mauvais collage
Bitume · Mise en œuvre

Enrobé par temps froid : ce qu’il faut savoir avant de répandre

Par 0 °C, une couche de 4 cm d’enrobé perd en 17 minutes la chaleur qu’elle garde 26 minutes en été. Seuils d’arrêt, températures par grade et parades pour un chantier d’hiver.

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Vous avez un chantier de couche de roulement en décembre, un maître d’ouvrage qui veut rouvrir la voie avant les fêtes et une météo qui annonce 3 °C au lever du jour. Le froid ne rend pas le bitume inutilisable, mais il raccourcit le temps disponible pour compacter et fragilise le collage entre les couches. Les cahiers des charges français fixent des seuils précis, et la plupart des défauts constatés au printemps viennent d’un chantier mené en dessous de ces seuils.

Enrobé par temps froid : les seuils qui arrêtent le chantier

Les CCTP des départements reprennent la norme NF P 98-150-1 sur l’exécution des enrobés à chaud. Celui des Yvelines arrête le répandage dès que la température ambiante passe sous 5 °C, mesurée sous abri à 7 heures puis en cours de journée. Il l’arrête aussi quand le vent dépasse 30 km/h par moins de 10 °C, car le vent accélère le refroidissement autant que le froid lui-même. Une averse violente impose une pause, une pluie continue impose l’arrêt total, et un support trop mouillé pour recevoir correctement la couche d’accrochage suffit à suspendre la pose.

Les températures de fabrication selon le grade

Plus le bitume est dur, plus il faut le chauffer et plus la température minimale de répandage est haute. Le même CCTP fixe les valeurs suivantes, cohérentes avec les fiches techniques des raffineurs. Le choix du grade est détaillé dans notre comparatif des bitumes 35/50, 50/70 et 70/100.

Grade de bitumeTempérature de fabricationTempérature minimale de répandage
70/100140 à 160 °C (180 °C maximum)120 °C
50/70140 à 160 °C (180 °C maximum)125 °C
35/50150 à 170 °C (190 °C maximum)130 °C
20/30160 à 180 °C (190 °C maximum)140 °C
10/20 et 15/25160 à 180 °C (190 °C maximum)145 °C

Le vrai ennemi : le temps de compactage

Le compactage ne se fait bien qu’entre 85 et 150 °C dans l’enrobé, selon le guide technique du ministère des Transports du Québec, pays qui a beaucoup mesuré la pose par temps froid. Ses bulletins chiffrent l’effet de la saison sur un enrobé livré à 160 °C : une couche de 40 mm met 26 minutes à descendre à 80 °C par 20 °C, et 17 minutes seulement par 0 °C. Une couche de 60 mm garde sa chaleur 50 minutes en été et 33 minutes au gel.

Deux conclusions s’en tirent. Les couches minces sont les plus exposées, et le bulletin québécois recommande de reporter au printemps une couche de roulement mince plutôt que de la poser au froid. Une épaisseur plus forte achète du temps : 50 % d’épaisseur en plus double à peu près le temps de compactage. Le ministère québécois attribue environ 30 % des dégradations prématurées qu’il étudie à une pose par temps froid, pour un surcoût de chantier de l’ordre de 15 %. Les bonnes pratiques de compactage sont reprises dans notre article sur la température de compactage des enrobés.

Transport et attente sur chantier

Chaque minute passée dans le camion se paie sur le compacteur. Les parades sont connues : bâcher entièrement le chargement, limiter la distance entre la centrale et le chantier, organiser les rotations pour que le finisseur ne s’arrête pas, et prévoir un atelier de compactage assez puissant pour travailler juste derrière la table. Un enrobé qui attend arrive froid sur les bords et chaud au cœur, ce qui donne une densité irrégulière.

Humidité et couche d’accrochage

La couche d’accrochage colle l’enrobé neuf au support. Elle se fait avec une émulsion cationique à rupture rapide conforme à la NF EN 13808, dosée en général autour de 300 g/m² de bitume résiduel sous un BBSG, selon l’IDRRIM. Par temps froid et humide, la rupture de l’émulsion ralentit nettement : l’eau s’évapore mal et le liant reste en partie à l’état d’émulsion quand le finisseur arrive. Les entreprises ajoutent alors un agent de rupture ou attendent plus longtemps, et le support doit rester propre et non détrempé. Notre article sur la couche d’accrochage détaille les dosages.

Enduits superficiels et enrobés coulés à froid

Les techniques à base d’émulsion supportent encore moins le froid. Le CCTP des Yvelines exige pour un enduit superficiel un support d’au moins 10 °C, une température de l’air supérieure à 15 °C et une route parfaitement sèche, et il conseille de réserver les émulsions à la période allant de mi-avril à fin septembre. Les enrobés coulés à froid demandent les mêmes 15 °C d’air et interdisent la pose de nuit. Le principe de ces revêtements est expliqué dans notre guide de l’enduit superficiel d’usure.

Les enrobés tièdes ne règlent pas le problème

On pourrait croire qu’un enrobé fabriqué plus froid supporte mieux l’hiver. Les règles disent l’inverse. La note d’information n° 46 de l’IDRRIM réserve les enrobés tièdes aux journées où la température ambiante atteint au moins 10 °C, sans pluie et avec un vent inférieur à 30 km/h, et limite le transport à moins d’une heure. Partant de 30 à 40 °C plus bas, l’enrobé tiède entre plus vite sous le seuil de compactage. Nous avons présenté leurs vrais atouts dans l’article sur les enrobés tièdes.

Préparer la saison froide côté approvisionnement

Un chantier d’hiver tient aussi à la qualité du liant livré. Un bitume stocké trop longtemps à haute température vieillit et durcit, ce qui réduit encore la plage de compactage ; notre guide sur le stockage et la chauffe du bitume donne les bonnes pratiques. Les volumes se planifient avant la baisse d’activité, comme expliqué dans notre calendrier d’approvisionnement en bitume.

What E-Station does

E-Station fournit des bitumes routiers conformes à la NF EN 12591, notamment en 50/70 et en 35/50, en vrac, en fûts ou en big bags, avec certificat d’analyse. Nous cotons rendu chantier ou rendu port et calons les livraisons sur votre planning de pose. Notre offre est présentée sur la page bitumen trading.

Frequently asked questions

À quelle température minimale peut-on poser un enrobé à chaud ?

Les CCTP qui appliquent la NF P 98-150-1 arrêtent le répandage sous 5 °C de température ambiante, mesurée sous abri à 7 heures, et dès 10 °C si le vent dépasse 30 km/h.

Pourquoi le froid gêne-t-il le compactage ?

L’enrobé ne se compacte plus correctement sous 85 °C. Par 0 °C, une couche de 4 cm livrée à 160 °C descend à 80 °C en 17 minutes, contre 26 minutes par 20 °C.

Peut-on poser un enrobé sur un support humide ?

Non si le support est trop mouillé pour recevoir la couche d’accrochage. L’émulsion rompt mal par temps froid et humide, ce qui compromet le collage entre les couches.

Les enrobés tièdes conviennent-ils à l’hiver ?

Non. L’IDRRIM les réserve aux journées d’au moins 10 °C, sans pluie, avec moins d’une heure de transport, car ils partent d’une température plus basse.

Jusqu’à quand peut-on faire un enduit superficiel ?

Le CCTP des Yvelines conseille de mi-avril à fin septembre pour les émulsions, avec un air supérieur à 15 °C, un support d’au moins 10 °C et une route sèche.

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