
Vous achetez de l’urée pour une coopérative, du DAP pour un distributeur ou du soufre pour une unité d’acide sulfurique, et vos cotations ont bondi à partir de la fin février 2026. L’explication tient dans un seul passage maritime. D’après l’Organisation mondiale du commerce, environ un tiers du commerce maritime mondial d’engrais transite par le détroit d’Ormuz, et la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran l’a rendu presque infranchissable pendant une bonne partie de l’année.
Cet article recense les produits concernés, les pays qui en dépendent et l’évolution des prix depuis le début du conflit. Il se termine par les décisions qu’un acheteur peut prendre dès maintenant pour la campagne 2027.
Engrais et Ormuz : ce qui transite par le détroit
Les chiffres de l’OMC, publiés en juillet 2026, donnent l’ordre de grandeur : 34 % de l’urée échangée par mer, 23 % de l’ammoniac, près de 20 % des phosphates et environ 44 % du soufre passent par Ormuz. L’agence de prix Argus arrive à des proportions voisines. Sa consultante Sarah Marlow, citée par l’AFP dans TelQuel le 11 mars, attribue à la région près de la moitié du soufre commercialisé dans le monde, un tiers de l’urée et près d’un quart de l’ammoniac.
Le gaz du Golfe fixe le prix de l’azote
Le gaz naturel représente plus de 80 % du coût de production des engrais azotés. Les grandes capacités d’ammoniac et d’urée se concentrent donc là où le gaz est abondant, c’est-à-dire dans le Golfe et en Russie, avec des pôles secondaires au Nigeria et en Algérie. Dès les premiers jours du conflit, des usines ont cessé de produire après des frappes, notamment au Qatar, selon l’AFP.
Le soufre suit les raffineries et les champs de gaz
Le soufre est récupéré lors de la désulfuration du gaz et du pétrole, ce qui fait des pays du Golfe les premiers exportateurs mondiaux. Le cabinet CRU, cité par Global Agriculture, chiffre la chute des exportations mondiales de soufre élémentaire à 33 % au premier semestre 2026, de 13,5 à 9 millions de tonnes, dont près des trois quarts imputables aux fournisseurs du Golfe. Le marché affichait déjà un déficit d’environ 1,9 million de tonnes en 2025, avant la guerre. Nous avions détaillé ce choc dans notre analyse de la crise mondiale du soufre.
Quels pays dépendent des engrais du Golfe
Le Brésil importe l’essentiel de son urée du Qatar et de l’Iran, et l’Iran approvisionne aussi la Turquie et le Mexique. L’Inde s’appuie sur les phosphates saoudiens et a dû rationner le gaz livré à ses usines. Le Bangladesh a fermé temporairement cinq de ses six usines d’engrais. Les États-Unis et l’Australie achètent eux aussi de l’urée et des phosphates dans la région. Pour l’Asie, les données Kpler de 2024 montrent que 64 % de l’ammoniac importé et plus de la moitié du soufre et des phosphates viennent du Golfe.
L’Europe paraît moins exposée, car 11 % seulement de son urée provient du Golfe. Elle en achète en revanche 26 % à l’Égypte, dont les usines tournent au gaz et ont perdu les livraisons par gazoduc venues d’Israël. Le risque européen passe donc par Le Caire autant que par Ormuz.
| Produit | Part du Golfe dans le commerce maritime | Acheteurs les plus exposés |
|---|---|---|
| Soufre | Environ 44 % (OMC), près de la moitié (Argus) | Maroc, Chine, Asie du Sud, Indonésie |
| Urée | Environ 34 % (OMC), un tiers (Argus) | Brésil, Inde, États-Unis, Australie, Turquie |
| Ammoniac | Environ 23 % (OMC), près d’un quart (Argus) | Asie, qui y prend 64 % de ses importations (Kpler) |
| Phosphates | Près de 20 % (OMC) | Inde, dépendante des phosphates saoudiens |
Le Maroc, premier exposé côté phosphates
Le Maroc compte parmi les premiers producteurs de roche phosphatée, avec la Chine et l’Arabie saoudite, et parmi les premiers fournisseurs d’engrais phosphatés. Pour transformer sa roche en acide phosphorique, il brûle du soufre, en grande partie importé du Golfe. L’Arabie saoudite, qui fournit environ 20 % de la roche phosphatée mondiale, ne pouvait plus l’expédier en mars. Fertilizer Daily rapporte en outre que l’OCP a avancé des arrêts de maintenance, ce qui a réduit encore l’offre de DAP. Les acheteurs marocains trouveront nos conditions de livraison sur la page soufre au Maroc.
Engrais et Ormuz : la chronologie des prix en 2026
La hausse a été immédiate. L’urée égyptienne est passée d’environ 500 dollars la tonne au début du conflit à plus de 650 dollars en quelques jours, selon Arthur Portier, consultant chez Argus. En avril, l’urée dépassait 850 dollars. En juin, une reprise partielle du transit par Ormuz et la réouverture des exportations chinoises, assorties d’un prix plancher de 660 dollars, l’ont ramenée vers 453 dollars, soit environ 47 % sous son pic.
L’accalmie a duré quelques semaines. D’après l’IFPRI, cité par Global Agriculture le 24 septembre, les expéditions par le détroit sont retombées près de zéro après la reprise des hostilités à la mi-juillet. Le 14 septembre, les Houthis ont annoncé la prise des îles Hanish, en mer Rouge, ce qui met aussi sous tension la route de Bab el-Mandeb. Fin septembre, le soufre du Moyen-Orient se négociait en moyenne à 855 dollars la tonne FOB, contre environ 1 050 dollars CFR en Asie du Sud et 1 005 dollars CIF en Indonésie. La référence chinoise restait environ trois fois plus élevée qu’un an plus tôt. Notre page prix du soufre à la tonne explique comment se construisent ces cotations.
Pourquoi le DAP baisse moins vite que l’urée
Le DAP coûtait environ 580 dollars la tonne avant le conflit et se maintenait vers 770 dollars en juillet, alors que l’urée avait déjà reflué. La fabrication d’une tonne de DAP consomme environ 0,4 tonne de soufre et de l’ammoniac, deux intrants concentrés dans le Golfe : le phosphate subit donc la crise deux fois. Le mécanisme est détaillé dans notre article sur la chaîne soufre, acide sulfurique et DAP. La Banque mondiale anticipe une hausse d’environ 6 % du DAP sur l’ensemble de 2026, puis une baisse d’environ 10 % en 2027, à condition que la navigation reprenne.
Acheteurs d’engrais : trois décisions à prendre maintenant
La première concerne l’origine. Un contrat adossé à un seul fournisseur du Golfe expose l’acheteur à un arrêt total des chargements. Diversifier vers le Kazakhstan, la mer Caspienne, la Méditerranée ou les Amériques coûte plus cher en fret mais protège la continuité de l’usine ; notre guide sur l’origine du soufre compare ces sources.
La deuxième concerne l’incoterm. En période de conflit, la prime d’assurance risque de guerre et le fret peuvent varier fortement entre la signature et le chargement. Acheter CFR ou CIF transfère ce risque au vendeur, alors qu’un achat FOB le laisse à l’acheteur. Le choix est expliqué sur notre page Incoterms soufre.
La troisième concerne le calendrier. Les semis de l’hémisphère Sud prévus en juin inquiétaient déjà les analystes en mars. La prochaine échéance est la campagne de printemps 2027 dans l’hémisphère Nord, et la Commission européenne préparait un plan d’action sur les engrais. L’INRAE rappelle l’enjeu : selon une modélisation présentée par Sylvain Pellerin, la production agricole mondiale reculerait d’environ un tiers sans engrais minéraux.
Ce que fait E-Station
E-Station fournit du soufre granulé, en pastilles et concassé aux fabricants d’acide sulfurique et d’engrais, en vrac ou en big bags, avec des origines hors Golfe lorsque l’acheteur le demande. Nous cotons en CFR ou en CIF jusqu’à votre port et vérifions le certificat d’analyse avant chargement. Le détail de notre offre figure sur la page négoce de soufre.
Questions fréquentes
Quelle part des engrais passe par le détroit d’Ormuz ?
Environ un tiers du commerce maritime mondial d’engrais, selon l’OMC : 34 % de l’urée, 23 % de l’ammoniac, près de 20 % des phosphates et environ 44 % du soufre échangés par mer.
Quels pays dépendent le plus des engrais du Golfe ?
Le Brésil pour l’urée du Qatar et de l’Iran, l’Inde pour les phosphates saoudiens, le Bangladesh, l’Asie pour l’ammoniac et le soufre, et le Maroc, qui importe du soufre du Golfe pour fabriquer ses engrais phosphatés.
Pourquoi le prix de l’urée a-t-il baissé en juin 2026 ?
La reprise partielle du transit par Ormuz et la réouverture des exportations chinoises ont ramené l’urée vers 453 dollars la tonne, contre plus de 850 dollars en avril.
Pourquoi le DAP reste-t-il cher fin 2026 ?
Le DAP consomme du soufre et de l’ammoniac, deux produits concentrés dans le Golfe. Il subit donc deux fois la crise et baisse plus lentement que l’urée.
L’Europe est-elle exposée au blocage d’Ormuz ?
Directement assez peu, car 11 % de son urée vient du Golfe. Elle dépend en revanche de l’Égypte pour 26 % de son urée, et les usines égyptiennes ont perdu leur gaz importé d’Israël.
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