
Depuis fin février 2026, la fermeture du détroit d’Ormuz prive le marché mondial de la moitié de son soufre maritime. Les fabricants d’engrais phosphatés, les fonderies et les mines encaissent le choc les uns après les autres, et l’agriculture s’apprête à le payer à l’automne.
L’azote occupe d’ordinaire les conversations sur le prix des engrais. Cette année, le sujet est le phosphate, et derrière le phosphate se cache une matière première que peu d’agriculteurs ont jamais vue : le soufre. Brûlé pour fabriquer de l’acide sulfurique, cet acide attaque ensuite la roche phosphatée pour donner l’acide phosphorique, puis le DAP et le MAP répandus dans les champs. Quand le soufre manque, toute la chaîne se grippe. Notre page négoce de soufre décrit ce produit et les formes sous lesquelles il s’achète.
Ormuz, l’artère du soufre mondial
Le soufre est un sous-produit du raffinage du pétrole et du traitement du gaz. Les grands producteurs du Golfe, Arabie saoudite, Émirats, Qatar, Koweït, l’expédient par navire depuis leurs ports, et ces navires passent par le détroit d’Ormuz. Selon l’Institut d’études de sécurité (ISS), environ la moitié du soufre utilisé dans les engrais phosphatés transite par ce détroit. Depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient à la fin du mois de février 2026, ces cargaisons sont retardées, déroutées ou bloquées, au point que l’Irak brade son brut pour continuer à exporter.
Un triple choc plutôt qu’une simple tension
Le blocage aurait pu être absorbé par les autres origines si trois grands producteurs n’avaient pas fermé leurs frontières au même moment. La Chine, la Russie et la Turquie ont restreint leurs exportations de soufre et d’acide sulfurique au premier semestre 2026 pour protéger leurs propres usines d’engrais. La Chine a ainsi suspendu ses ventes d’acide sulfurique en avril, ce qui a immédiatement touché les mines de cuivre de la République démocratique du Congo. Les acheteurs se sont alors disputé les cargaisons restantes, chargées en Méditerranée, en mer Noire ou au Canada. Le résultat est une hausse du cours du soufre sans équivalent récent et une volatilité qui rend toute cotation périssable en quelques jours.
L’acide sulfurique, le maillon qui casse
L’acide sulfurique est le produit chimique le plus fabriqué au monde, et les engrais en absorbent la plus grande part. Le cabinet Fortune Business Insights rappelle que la production d’acide phosphorique, donc d’engrais phosphatés, constitue son premier débouché, devant la chimie, le traitement des métaux et le raffinage. Quand le soufre représente l’essentiel du coût de fabrication de cet acide, un fabricant de DAP voit sa marge disparaître en quelques semaines. Des arrêts ou des réductions de production ont été signalés au Brésil et en Égypte au cours de l’été 2026, ce qui a encore réduit l’offre d’engrais disponible pour les semis d’automne.
Les mines aussi
Le cuivre, le nickel et le cobalt s’extraient par lixiviation acide. Au premier trimestre 2026, la RDC a vu ses importations d’acide sulfurique s’effondrer après la restriction des exportations zambiennes et chinoises, et ses miniers ont basculé vers l’achat de soufre pour produire l’acide sur place. Notre page acheter du soufre en RDC détaille ce marché et ses corridors logistiques depuis Dar es Salaam, Durban ou Walvis Bay.
L’Afrique en première ligne
L’ISS cite l’Éthiopie, la Côte d’Ivoire, la Zambie, le Kenya et la RDC parmi les importateurs nets d’engrais les plus exposés, et rappelle que l’Afrique du Sud importe 80 % de ses intrants agricoles. Le continent est aussi un producteur : le Maroc transforme son phosphate à Jorf Lasfar et à Safi, la Tunisie à Gabès, Sfax et Skhira, le Sénégal à Darou Khoudoss. Ces trois industries brûlent du soufre importé, et une bonne partie venait du Golfe. Elles cherchent aujourd’hui des origines de repli, comme l’expliquent nos pages sur le soufre au Maroc, le soufre en Tunisie et le soufre au Sénégal. En Côte d’Ivoire, les mélangeurs d’Abidjan qui fournissent le cacao et le coton dépendent eux aussi de ces flux ; voir acheter du soufre en Côte d’Ivoire.
Europe et Canada : des situations opposées
La France reste importatrice nette de soufre malgré la production de ses raffineries, et ses fabricants d’acide sulfurique, ses usines d’engrais portuaires et ses vignerons en consomment toute l’année. Le ministère de l’Agriculture a ouvert, via FranceAgriMer, une aide à l’achat d’engrais minéraux azotés pour les achats réalisés entre le 1er juin et le 30 septembre 2026, avec des demandes possibles jusqu’au 6 novembre 2026. Les phosphates n’entrent pas dans ce dispositif. Le détail des ports et des acheteurs figure sur notre page acheter du soufre en France.
Le Canada vit la situation inverse : l’Alberta exporte des millions de tonnes de soufre par an et bat des records en 2026, mais ce soufre part vers l’Asie par Vancouver, loin des acheteurs du Québec. Notre page soufre au Canada décrit ce paradoxe.
Ce que peuvent faire les agriculteurs
Le soufre est aussi un nutriment. Le soja, par exemple, en demande davantage pour synthétiser son huile, et les micro-organismes du sol le libèrent moins vite quand le sol est froid, comme le rappelle Tessenderlo Kerley. Un agriculteur qui réduit ses apports de phosphate cette année doit donc surveiller aussi ses apports de soufre. Contrairement à l’azote, le phosphate se stocke dans le sol, ce qui autorise une année de sobriété si les analyses récentes le permettent. Les agronomes recommandent de sortir des épandages systématiques et de raisonner parcelle par parcelle, sur analyse de sol, pour n’apporter que ce que la culture exportera réellement.
Ce que fait E-Station
Courtier en énergies, E-Station approvisionne les industriels en soufre solide chargé hors des routes maritimes exposées, avec certificat d’analyse et un interlocuteur unique jusqu’au déchargement. Le prix se compose du cours de référence, de l’origine, de la forme du produit et du fret : notre page prix du soufre au Maroc explique comment lire une cotation. La logistique, du vraquier au conteneur de big bags, est décrite pays par pays, par exemple pour la livraison de soufre au Sénégal ou la livraison de soufre en France. Les mêmes principes s’appliquent à notre activité historique de négoce de bitume, et les incoterms et documents d’export sont communs aux deux produits.
Questions fréquentes
Pourquoi le soufre pèse-t-il autant sur le prix des engrais phosphatés ?
Parce qu’il faut de l’acide sulfurique pour transformer la roche phosphatée en acide phosphorique, puis en DAP ou MAP. Le soufre est la matière première principale de cet acide : quand il manque ou renchérit, le coût de l’engrais suit.
Quels pays sont les plus touchés par la crise du soufre ?
Les importateurs nets d’engrais d’Afrique subsaharienne, les producteurs d’engrais d’Afrique du Nord qui brûlaient du soufre du Golfe, et les mines de cuivre et de cobalt de la RDC privées d’acide. Les pays exportateurs de soufre, comme le Canada, en profitent.
Un agriculteur peut-il reporter ses apports de phosphate ?
Le phosphate se stocke dans le sol, ce qui autorise une année d’apport réduit si une analyse de sol récente le confirme. Le report devient risqué si la crise se prolonge et si les réserves du sol sont faibles.
Où E-Station charge-t-il son soufre ?
Auprès de raffineries et d’unités de traitement de gaz dont les ports restent accessibles quelle que soit la situation dans le Golfe, en Méditerranée et en mer Noire notamment. La page négoce de soufre détaille les spécifications garanties.
Sources : ISS Africa, « Le détroit d’Ormuz menace l’approvisionnement alimentaire en Afrique » ; Fortune Business Insights, marché de l’acide sulfurique ; Kpler, la crise du soufre et de l’acide sulfurique en 2026 ; Sika Finance, pénurie d’acide en RDC ; Le Paysan Tarnais, aide à l’achat d’engrais azotés ; Tessenderlo Kerley, soufre et potassium pour le soja.
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