

Le blocage du détroit d’Ormuz et ses répercussions sur le GNL qatari, conjugués à l’arrêt de l’approvisionnement en gaz russe depuis la guerre en Ukraine, ont placé l’indépendance énergétique au premier plan. Dans ce contexte, le biométhane produit localement s’impose comme un actif stratégique. La station Maera, à Montpellier, en offre une illustration concrète.
Maera : une station d’épuration qui produit du gaz vert
L’unité de traitement des eaux usées Maera, située à Lattes et gérée par la Métropole de Montpellier, a officiellement mis en service son dispositif de production de gaz vert le 4 juin 2026. Grâce à un chantier de modernisation de 165 millions d’euros lancé en 2023, les eaux usées collectées permettent désormais de produire du biométhane, une énergie locale et renouvelable injectée dans le réseau de GRDF.
À l’issue des travaux, la station produira deux fois plus d’énergie qu’elle n’en consomme. Elle fournira chaque année l’équivalent de 9 000 logements BBC (bâtiment basse consommation) en biogaz, ainsi que 3 000 logements en eau chaude et chauffage. La trajectoire de production est progressive : environ 20 GWh d’ici 2028, soit près de 10 % du gaz consommé sur la métropole, puis 32 GWh en 2029. À plus large échelle, la Métropole prévoit de raccorder 45 000 foyers à ses réseaux urbains de chaleur d’ici 2030.
À retenir : Maera illustre comment une infrastructure publique existante peut devenir productrice d’énergie renouvelable locale — un modèle qui intéresse directement les collectivités engagées dans la valorisation du biogaz.
Comment se valorise le biométhane en France
Le coût de production du biométhane reste en moyenne supérieur au prix de marché du gaz naturel. Pour rentabiliser une installation, les porteurs de projet disposent de plusieurs mécanismes de valorisation, qui coexistent aujourd’hui sans se cumuler sur une même installation.
Le tarif d’achat soutenu par l’État
Mis en place dès 2011, le tarif d’achat garantit aux installations de moins de 25 GWh par an une rémunération fixe sur 15 ans pour chaque mégawattheure injecté (guichet ouvert). Au-delà de 25 GWh par an, les projets relèvent des appels d’offres organisés par la Commission de régulation de l’énergie (CRE), introduits en 2024 dans le prolongement de la loi de programmation de 2018, avec un tarif plafond fixé par cahier des charges.
Les contrats de gré à gré (BPA)
Les Biomethane Purchase Agreements (BPA) sont des contrats négociés directement entre un producteur et un consommateur, souvent un industriel souhaitant verdir sa consommation de gaz sur le long terme à un prix lissé. Ils peuvent être directs ou passer par un fournisseur intermédiaire.
Les certificats de production de biogaz (CPB)
Instaurés par la loi Climat et Résilience de 2021 et précisés par le décret du 6 juillet 2024, les certificats de production de biogaz inversent la logique de financement : ce sont désormais les fournisseurs de gaz eux-mêmes qui financent la filière, en restituant chaque année à l’État un volume de certificats proportionnel à leurs ventes. L’objectif affiché est d’atteindre 10 % de biométhane dans les réseaux d’ici 2030.
La trajectoire d’obligation monte en charge rapidement : de 0,41 % du volume vendu en 2026 à 4,15 % en 2028, pour un total cumulé estimé à 10,4 TWh. En cas de manquement, l’article L. 446-46 du code de l’énergie prévoit une pénalité de 100 € par MWh manquant, calibrée pour rester au-dessus du prix de marché attendu d’un certificat afin de dissuader les fournisseurs de préférer l’amende à l’achat.
Les garanties d’origine (GO)
Distinctes des CPB, les garanties d’origine tracent l’origine renouvelable du gaz pour le consommateur final : un certificat électronique est émis pour chaque MWh de biométhane injecté (article L. 446-18 du code de l’énergie). Depuis le 1er octobre 2023, leur registre est géré par la société EEX. Point notable pour un cas comme Maera : l’article L. 446-22 permet à une commune, un groupement ou une métropole où est implantée une installation de bénéficier gratuitement de tout ou partie de ces garanties pour attester l’origine locale de sa propre consommation — sans pouvoir les revendre.
Un coût désormais réparti sur l’ensemble des consommateurs
Le prix d’un CPB se forme librement, à l’équilibre entre le coût complet de production du biométhane et la valeur de marché du gaz. Sur la base des coûts constatés en 2024-2025, la CRE estime ce prix d’équilibre autour de 80 €/MWh PCS en 2026, avec une baisse attendue à mesure que la filière gagne en maturité.
Répercuté sur les factures, ce mécanisme a un effet concret : pour un foyer chauffé au gaz consommant environ 12 MWh par an, la CRE estime le surcoût annuel à près de 8 € en 2026, puis autour de 79 € en 2028. Contrairement aux garanties d’origine, qui ne concernent que les offres vertes volontaires, les CPB pèsent uniformément sur toutes les offres de gaz. Financer le biométhane devient ainsi l’affaire de l’ensemble des consommateurs.
Le biométhane, un actif de souveraineté
Au-delà de sa dimension environnementale, le biométhane local présente un atout stratégique : sa chaîne de valeur — génie civil, technologies d’épuration, matière première — est intégrée sur le territoire, alors que le pays cherche à réduire sa dépendance aux importations de gaz. Le cas Maera illustre comment une infrastructure publique existante peut contribuer, à son échelle, à cet objectif d’indépendance énergétique. Cette dynamique rejoint la structuration plus large du marché européen du biométhane pour les entreprises.
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