
Vous répondez à un appel d’offres routier qui note désormais l’empreinte carbone, et chaque fournisseur vous présente son enrobé « vert ». Le sujet mérite des chiffres, car les gains annoncés vont de quelques pourcents à la neutralité carbone selon le périmètre choisi. Une tonne d’enrobé à chaud fabriquée en France émet en moyenne de 40 à 50 kg d’équivalent CO2, et la profession s’est engagée à faire beaucoup mieux. Voici ce que chaque solution apporte réellement.
D’où vient le carbone d’un enrobé
Le bitume ne pèse qu’environ 5 % de la masse d’un enrobé, mais il porte une part importante de son empreinte. L’association européenne Eurobitume a publié en 2025 la version 4.0 de son analyse de cycle de vie : elle chiffre le bitume à 530 kg d’équivalent CO2 par tonne, de l’extraction du pétrole à la sortie de raffinerie, dont 70 % liés à l’extraction du brut. La version précédente annonçait 216 kg. Eurobitume attribue cet écart de 145 % à un changement de méthode de calcul. Une valeur de bitume doit donc toujours être citée avec sa version.
Le reste vient surtout de la centrale. Selon le Centre de recherches routières belge, pour un enrobé de référence de 48 kg de CO2 par tonne, la fabrication en centrale, et d’abord le séchage des granulats, représente environ 48 % des émissions, le bitume environ 25 %, le transport 15 % et les granulats 12 %. Le CRR calculait le bitume avec une valeur proche de l’ancienne version d’Eurobitume ; avec la nouvelle, sa part augmente nettement.
Bitume bas carbone : le gain des enrobés tièdes
Un enrobé tiède se fabrique au moins 30 °C plus bas qu’un enrobé à chaud, qui sort des centrales autour de 140 à 160 °C pour un bitume 50/70. Le guide de l’IDRRIM mesure, pour ces 30 °C de moins, une baisse de 20 à 30 % de l’énergie consommée par la centrale et d’environ 25 % de ses gaz à effet de serre. Ramené à l’ensemble du chantier, transport et granulats compris, le gain tombe à 5 à 8 %. Le bénéfice le plus net concerne la santé des équipes : 30 °C de moins à la mise en œuvre réduisent les fumées d’environ 75 %, selon la note n° 46 de l’IDRRIM.
La technique est sortie de l’expérimentation. Les enrobés tièdes représentaient 24 % de la production française en 2022 selon la feuille de route de Routes de France, et le pacte de la profession vise 80 % des enrobés courants fabriqués sous 150 °C en 2030. Leurs conditions d’emploi sont détaillées dans notre article sur les enrobés tièdes.
| Levier | Gain mesuré | Limite |
|---|---|---|
| Enrobé tiède (30 °C de moins) | Énergie de la centrale −20 à −30 %, GES du chantier −5 à −8 % (IDRRIM) | Au moins 10 °C, moins d’1 h de transport, pas de BBTM |
| 20 % d’agrégats recyclés | Empreinte de l’enrobé −6 à −7 % (CRR) | Qualité et propreté des agrégats |
| 50 % d’agrégats recyclés | Empreinte de l’enrobé −16 à −19 % (CRR) | Centrale adaptée, formulation suivie |
| Liant biosourcé | Bilans fabricants proches de la neutralité | Surcoût, recul limité, volumes réduits |
Le recyclage, levier le plus solide
Chaque tonne d’agrégats d’enrobés réintroduite remplace des granulats neufs et une partie du bitume d’apport. Le CRR chiffre la baisse d’empreinte à environ 6 à 7 % pour 20 % de recyclé, et à 16 à 19 % pour 50 %. La France recyclait en moyenne 22 % d’agrégats dans ses enrobés neufs en 2022, et Routes de France vise 50 % en 2050. Le sujet fera l’objet de notre prochain article ; les bases sont posées dans notre guide sur le recyclage des agrégats d’enrobés.
Les liants biosourcés : prometteurs, encore rares
Plusieurs entreprises ont remplacé tout ou partie du bitume par des matières végétales. Le Biophalt d’Eiffage utilise de la poix de tall oil, un résidu de l’industrie du pin ; il se fabrique à 135 °C contre 170 °C et a été posé sur l’autoroute A40 entre Mâcon et Bourg-en-Bresse en 2020. Eiffage annonce un bilan carbone neutre, calcul qui intègre le carbone stocké par le pin. Le Végécol de Colas, à base de résine de pin, vise les circulations légères comme les pistes cyclables et les sites patrimoniaux. Au Canada, des essais remplacent 5 à 10 % du bitume par de la lignine.
Trois limites freinent leur diffusion. Le coût : Réussir rapportait en 2022 un surcoût de 25 % pour le Biophalt sur un chantier des Deux-Sèvres. Le recul : les suivis de chantier se comptent en années, pas en décennies. Les bilans : les chiffres de neutralité proviennent des fabricants, sans vérification indépendante publiée, et dépendent du mode de calcul du carbone biogénique.
Mythe ou réalité : notre lecture
Le bitume bas carbone existe, mais il se construit en combinant les leviers. Un enrobé tiède à 30 ou 40 % d’agrégats recyclés, fabriqué près du chantier, fait baisser l’empreinte d’environ un quart avec des techniques maîtrisées. Les liants végétaux complètent ce socle sur des usages ciblés. Routes de France chiffre l’objectif : 29 kg de CO2 par tonne d’enrobé en 2030 et environ 9 kg en 2050, contre 43 kg en 2019. Le bitume pétrolier restera la base du liant pour la majorité des chaussées pendant cette période, d’où l’intérêt de connaître son origine et sa régularité.
Ce que fait E-Station
E-Station fournit des bitumes routiers conformes à la NF EN 12591, compatibles avec la fabrication d’enrobés tièdes et à fort taux de recyclage, et transmet le certificat d’analyse et l’origine de chaque cargaison. Nos produits sont présentés sur les pages liants bitumineux et enrobés, et nos conditions sur la page négoce de bitume.
Questions fréquentes
Quelle est l’empreinte carbone d’une tonne de bitume ?
Eurobitume chiffre 530 kg d’équivalent CO2 par tonne dans sa version 4.0 de 2025, contre 216 kg dans la version précédente. L’écart vient d’un changement de méthode.
Combien de CO2 émet une tonne d’enrobé ?
En moyenne 40 à 50 kg d’équivalent CO2 par tonne pour un enrobé à chaud français. Routes de France retient 43 kg en 2019 et vise 29 kg en 2030.
Un enrobé tiède réduit-il beaucoup les émissions ?
Pour 30 °C de moins, l’IDRRIM mesure 20 à 30 % d’énergie en moins à la centrale, mais seulement 5 à 8 % de gaz à effet de serre en moins sur tout le chantier.
Qu’est-ce qu’un liant biosourcé ?
Un liant fabriqué en tout ou partie à partir de matières végétales, comme la poix de tall oil du Biophalt d’Eiffage ou la résine de pin du Végécol de Colas.
Le recyclage fait-il baisser l’empreinte d’un enrobé ?
Oui. Le CRR belge mesure environ 6 à 7 % de baisse avec 20 % d’agrégats recyclés et 16 à 19 % avec 50 %.
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